Au Fil des lignes

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    Franck Balandier

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    Volodia
    LA
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    Franck Balandier

    Message  Volodia le Mar 18 Mar 2014 - 21:50



    Quatrième de couverture :


    Alsace 1942.

    Parce qu'il est homosexuel, le jeune Etienne est envoyé dans l'unique camp de la mort installé en territoire français annexé.

    Parce qu'il est homosexuel, il porte le triangle rose, insigne de son infamie, sur son pyjama de prisonnier.

    S'il sort vivant et libre de cet enfer, personne ne le croira, c'est sûr.
     
    Editions : Flamarion - ISBN : 978 2 9813 3053 5 - Broché : 212 pages, Prix : 12 euros
     
    Mon avis : Volodia


    Tout commence dans une gare, par une guerre qui finit, celle qu'on nommera la Grande Guerre, celle de 14-18 dont on espérera qu'elle sera la dernière des dernières, et des soldats qui reviennent du Front.

    Puis, à l'intérieure de cette gare, une femme qui attend, et qui attendra un qui ne reviendra jamais. Enceinte, elle mourra dans la gare en mettant son bébé au monde, au milieu d'inconnus, un petit garçon.
    L'enfant passera d'orphelinat en orphelinat. Puis viendront les premiers émois, solitaire, incestueux puisque qu'ils ne peuvent s'accomplir qu'en pensant à sa mère. Jusqu'au jour ou surpris par un surveillant pervers qui prendra cette jouissance à son compte.
    A 18 ans, il est emmené par son amie Geogette sur les barricades du Front Populaire où il fait la connaissance de Jules qui lui fait prendre conscience de son inversion. Entraîné par lui dans des amours clandestines, ses aventures s'avèreront multiples et fugitives dans des endroits assez glauques de la capitale. Ce qui devait advenir fini par arriver et il se retrouvera "fiché" aux moeurs. Il ne sera libéré que par l'intervention de son amie Georgette qui l'épousera pour faire taire les rumeurs.

    Le trio part en vacances pour les premiers congés payés. Tout à son bonheur, Etienne ne veut rien savoir, ne rien voir,  ni la débacle ni l'exode. Dans la ville occupée il est convoqué à la Kommandantur . Son épouse ? non il ne la pas revue. De conversation en interrogatoire et malgré une histoire servie d'avance il est relaché, bien que les fiches transmises le concernant ne leurs laissent aucun doute.

    Malgré les risques, ils sont quelques ombres à glisser le long des rues désertes, à roder autour des vespasiennes. Les étreintes se font à la va vite entre deux patrouilles, le retour se fait par des chemins détournés. Un soir, alors qu'il est dans sa chambre et que les caresses ont à peine commencé, il est surpris par deux hommes en civil et 2 en uniforme. Ils ne sont pas là pour lui mais pour le juif qu'ils filaient depuis le canal. A peine le temps de se rhabiller et les voilà à Fresnes.  Lui finit par être embarqué le 22/07/1942 en fourgon à bestiaux à Rethau en Alsace au camps de Natzweiler - Struthof dans les Vosges Alsaciennes.

    Six mois qu'il est interné, privilégié ou non il est affecté au service général du camp, ce qui est moins difficile que de travailler à l'extérieur, aux carrières. Affecté à la collecte des déjections, il passe une partie de la journée à charier des sauts d'immondices pour les déverser plus bas dans une fosse à la limite des barbelés. A force de transporter les déjections des détenus, il finit par en évaluer la densité, en déduire la fréquence, en apprécier la qualité, la rareté. Pourquoi la légéreté des sauts  annonce la mort ? Pourquoi la mort est-elle sèche de toutes ses absences ?

    Ernst, son gardien personnel, fait preuve d'un peu d'humanité et lui offre des cigarettes. Il lui permet également de s'asseoir hors de vue du mirador, jusqu'au moment ou Ernst est fusillé pour avoir essayé de lui donner un vieux dictionnaire allemand-français afin de communiquer avec une petite fille qui a jeté son ballon derrière les barbelés. Remplacé par une Aufseherin,  d'une vingtaine d'années, surnommée Madame, formée pour être gardienne en camps de concentration, les relations sont plus que difficiles, teintées de séduction et de cruauté. On raconte qu'il faut être volontaire pour obtenir une affectation au Struthof, ainsi la hiérarchie s'assure d'une servérité exemplaire envers les déportés. Les soldats eux-mêmes punis, éloignés de leurs proches, reportant leur haine et leurs frustrations sur les déportés.

    Etienne malgré le dramatique de sa situation ne peut s'empêcher d'y voir une certaine beauté, faire de la poésie avec l'horreur : la faim, "...le rêve éveillé de nos dents, l'horrible vas et vient de nos mâchoires à vide, nous dormons au pas de nos estomacs,  nous parlons à nos gencives mortes, qu'avons nous donc à croquer avec tant d'urgence, sinon nos propres langues...". Le froid, les seaux entassés sur la carriole, qui ressemblent à du lait a cause du givre sur le bord, et "...toute cette pisse gelée. Tu ressembles à de l'or en paillettes. Un sorbet au citron...."
    Et puis, "....le souvenir criant et hagard d'une sentinelle qui me prend au hasard... " J'ai conscience qu'il m'aime de presque rien, de mon anus, de mes hémorroïdes mal soignées..." Je conçois qu'il est des mots qu'on ne traduit jamais.

    Alors que les alliés approchent, Etienne est affecté à l'infirmerie, il y verrra tout ce qu'il ne devrait pas voir et que les allemands tenteront de faire disparaître. Pour finir par y devenir, lui aussi cobaye d'expériences toutes aussi douloureuses qu'inutiles. Lorsque les alliés arrivent, la porte du camp est grande ouverte. "...Etienne Lotaal est libre, triangle rose oublié ..."

    Le 15 mai 1968, dans une autre gare,  il rencontre Arsène, jeune homme de 19 ans avec qui il fait connaissance puis, suite à son invite, le suit... Tout commence et tout finit dans une gare.

    J'ai beaucoup aimé ce livre, qui bien qu'une fiction s'inscrit dans un contexte historique réel.  Ce n'est pas un playdoyer larmoyant, ni militant, sur les déportés homosexuels. C'est la description d'une situation à une époque donnée. Contrairement à bien d'autres sur ce sujet, l'auteur de ce livre ne montre, ni ne dit directement l'horreur. Celle-ci est distillée parcimonieusement au fil des pages, et toujours avec une poésie qu'il semblait impossible à imaginer pour raconter l'indicible. A lire impérativement. 
     

    Pinky
    M
    M

    Re: Franck Balandier

    Message  Pinky le Mer 19 Mar 2014 - 10:24

    merci Volodia pour cette présentation très complète

    Pinky
    M
    M

    BALANDIER Franck

    Message  Pinky le Ven 5 Sep 2014 - 10:49

    ANKYLOSE



    Roman, édité au Serpent à plumes en avril 2005

    160 pages

    Résumé

    Paris. Soleil d'hiver. Un homme et une femme sont assis à la terrasse d'un café. Première rencontre. Lui, la cinquantaine désabusée. Elle beaucoup plus jeune, banale et sans charme. Ils se sont trouvés via Internet. Elle lui a parlé d'un voyage vers l'Antarctique. Il a fait semblant de croire à son rêve. Il l'a choisie à cause de son insignifiance. Que cherche-t-il réellement ? Que veut-il se prouver ? Il sait qu'il n'ira guère plus loin avec elle qu'au bout de la nuit qui s'annonce. Ils sont trop différents. D'ailleurs, il a d'autres projets. L'"Ankylose" est l'histoire d'une dérive à travers une capitale revisitée et rêvée, transformée en banquise, qui conduit le couple improbable, d'abord jusqu'à un cimetière où le passé ressurgit soudain par l'intermédiaire d'un téléphone portable, puis jusqu'à l'hôtel du Départ. L'aventure s'achèvera-t-elle près d'une gare, au petit matin, ou plutôt, comme l'homme l'a imaginé, sur un quai de métro ? Le destin est parfois capricieux. Une série d'événements imprévus viendra tout bouleverser au dernier moment. Avec un art consommé de l'intrigue et du rebondissement, une écriture au scalpel, l'auteur nous conduit, non sans humour et tendresse, jusqu'au dénouement inattendu.

    Mon ressenti

    Ankylose est l’histoire de deux personnes qui par le biais d’internet vont se rencontrer le temps d’une soirée voire d’une nuit. La vie les a blessé tous les deux et tous les deux ont des attentes particulières. La magie n’opère pas alors ce sont les petites mesquineries, les piques, les mots destructeurs, la cacheté, les échecs qui viennent les unir. Toutes ces choses que nous n’osons pas à dire à ceux qui nous entourent. Au fur et à mesure que la nuit défile au son de cette petite musique de nuit pour les gens inutiles.

    Il faut bien le dire, je n’ai pas trouvé tellement d’écho en moi et d’empathie particulière pour ces deux personnes et je pense que leur description va s’estomper dans leur brouillard qui s’est levé à la fin de ce livre.

    Le livre se lit vite et est très bien écrit. L’auteur sait habillement décrire nos petits travers comme la misère relationnelle et la détresse sentimentale.
    A lire lorsque le moral est bon

    Volodia
    LA
    LA

    Re: Franck Balandier

    Message  Volodia le Jeu 11 Sep 2014 - 21:32

    Merci de cet avis Pinky, je n'ai lu qu'un livre de cet auteur mais qui m'a littéralement emballé, il me semble que ton avis sur Ankylose est mis figue mis raison aussi j'hésite un peu à le lire ???

    peyrelong
    ML
    ML

    Re: Franck Balandier

    Message  peyrelong le Jeu 11 Sep 2014 - 22:00

    Merci Pinky pour cette présentation. Ca ne me tente pas

    Pinky
    M
    M

    Re: Franck Balandier

    Message  Pinky le Sam 13 Sep 2014 - 8:20

    tout à fait exact Volodia, j'ai trouvé peu de résonance entre moi et les personnages
    merci pour ta visite Peyrelong

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    Re: Franck Balandier

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