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    MARS, Kettly

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    Nina
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    MARS, Kettly

    Message  Nina le Mer 23 Avr 2014 - 11:13



    Aux frontières de la soif
    Edition Mercure de France - 168 pages.

    Présentation de l'éditeur
    :

    Haïti, janvier 2011. Fito Belmar est architecte-urbaniste et écrivain. Après le succès de son premier livre, il vit aujourd’hui de ses rentes et mène une existence rythmée par les soirées bien arrosées avec ses amis... Mais il cache aussi un lourd secret : certaines nuits, il se faufile dans le camp de Canaan et approche de toutes jeunes filles que la misère vend au plus offrant.

    Mon avis :
    Haïti, un an après le séisme. Un camp de réfugié, Canaan, dont le nom a des consonances bibliques. Rien n’est réglé, le provisoire dure, le choléra n’est pas seulement un mot, il est une réalité. Entre les ONG et une star de cinéma – à croire que les catastrophes les attirent – il est difficile de dire qui s’investit le plus sans rien arranger du tout.
    Pourtant, ce n’est pas tant le traumatisme des survivants, les difficultés de la vie quotidienne dont parle ce roman. Il est plus pragmatique, plus sordide : comment assurer la nourriture pour toute la famille en prostituant une ou deux filles. Elles ont dix, onze, douze ans maximum, après, elles sont trop vieilles. Elles s’appellent Fabiola, Nadège, Louloune. Parfois, elles ont la parole, en de courts chapitres. Plus que la peur, la douleur de leurs corps malmenés, ce sont leurs espérances détruites, leurs émotions saccagés qui sont poignantes.
    Et si elles étaient au centre du livre, il serait passionnant. Seulement, elles n’en sont que les personnages secondaires, pour ne pas dire les figurantes. Le vrai héros est Fito, écrivain à succès d’un unique roman. Depuis cinq ans, il est impuissant à produire le moindre texte. Il est impuissant à mener une vie amoureuse et sexuelle normale. En revanche, il assouvit ses pulsions dans le camp de Canaan, sans remords ni regrets.
    Il m’est impossible de ressentir la moindre empathie pour lui – et c’est sans doute mieux ainsi. Il abuse d’enfants malmenées par la vie, et s’absout avec une facilité déconcertante. Décrire une réalité sordide est une chose, montrer le plaisir pas du tout coupable du "papy" avec un soupçon de complaisance en être une autre. Les lieux communs du maquereau local ("ils s’en sortiraient comme lui s’en était sorti, p. 95)
    J’en aurai presque oublié la gentille Tatsumi, dont le prénom est à peu de chose près l’anagramme de Tsunami. Pourtant, sa venue n’est pas une catastrophe, non. La journaliste japonaise est venue pour enquêter, elle ne connait la réalité d’Haïti et de Canaan que par des rumeurs. Elle va, elle vient, sans rien approfondir, pas même les curieuses relations qu’elle noue avec Fito. J’hésite, pour la définir, entre androgyne et asexuée – exactement comme ses gamines avec lesquelles Fito assouvit ses pulsions. Ne dit-il pas qu’elle a "corps de petite fille", p. 161 ?  Je n’ai pu m’empêcher d’y voir encore la preuve des obsessions malsaines de l’écrivain.
    Bref, rien de réjouissant dans ce roman, et le malaise qu’il laisse ne se dissipe pas une fois le livre refermé. Si tel était le but de Kittly Mars, elle est parvenue à ses fins.

    Pinky
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    Re: MARS, Kettly

    Message  Pinky le Jeu 24 Avr 2014 - 8:36

    merci Nina pour cette présentation forte. La misère humaine dans toute sa splendeur, quel que soit le degré de celle-ci (est-ce que l'on peut parler d'échelle d'ailleurs dans la misère avec un grand M? ), il y a toujours des Hommes pour en exploiter d'autres, le sordide prend alors un autre sens et nous amène à passer dans d'autres dimensions où l'incompréhensible, l'avilissement, nos valeurs, nos émotions ne trouvent pas spécialement d'écho puisque tellement en décalage. Nous basculons dans l’inconcevable, l'horreur...

    Je ne lirai pas ce livre, par contre j'ai eu l'occasion de lire des articles ou de voir des reportages sur ce que tu décris dans ta présentation. j'ai encore des images bien marquées en tête et avec cette question : comment peut-on basculer de l'autre côté et devenir à son tour exploiteur ? Serais-je à mon tour un jour entraîner dans une forme de spirale que je déplore aujourd'hui ? vaste question !

    Nina
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    Re: MARS, Kettly

    Message  Nina le Jeu 24 Avr 2014 - 10:06

    Merci Pinky pour ta visite.
    Moi non plus, je ne crois qu'on puisse faire une échelle de la misère.
    En revanche, Fito, le personnage principal, ne cherche même pas à se donner bonne conscience. Il l'a, tout simplement, ce qu'il fait n'est pas un "péché" (je cite le terme de mémoire).

    Cyndie
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    Re: MARS, Kettly

    Message  Cyndie le Jeu 24 Avr 2014 - 10:27

    Merci pour la présentation Nina
    Mais je vais passer mon tour, le fait que le personnage central soit cet auteur sans scrupules me déplait énormément j'ai l'impression que l'on passe sous silence la douleur des victimes, que le fait qu'elle soit dans la misère ne leur donne pas le droit d'avoir des sentiments humains.


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    Nina
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    Re: MARS, Kettly

    Message  Nina le Jeu 24 Avr 2014 - 22:16

    Merci Cyndie pour ta visite.
    La douleur des victimes est bien là, je te rassure (enfin... je ne suis pas sûre que cela soit rassurant) mais en contrepoint des propos du personnage principal. Fito ne se donne même pas des "bonnes raisons" pour agir ainsi, contrairement aux maquereaux. Il assouvit son désir, point.

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    Re: MARS, Kettly

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